Deuxième leçon de ténèbres – Louis Rodet Abel



Deuxième leçon de ténèbres,
texte et musique de Louis Rodet Abel

Jessica Martin Maresco : soprano 1
Elisabeth Duvillard : soprano 2
Carla Roy : viole de gambe
Louis Rodet Abel : orgue

Enregistrement son et image par Victor Page et Martin Berlioux, studio La Cabine, à l’église de Saint-Genis-Laval (Rhône), aux portes de l’été 2021.
Orgue Pascal Quoirin (2014)
Branchement sur chaîne, oreillettes ou casques conseillés !
texte :

Deuxième leçon de ténèbres – Louis Rodet Abel

EST
Un à un, ouvrant les yeux dans l’ombre,
Puis chacun se levant, on a regardé au levant
L’horizon nous a offert le premier bleuté brumeux
Puis diffusément, le flamboiement des nues
S’est propagé et nous a pris dans sa lancée.
Dans l’ascension du fulgurant soleil soulignant toute chose,
On est parti tous ensemble, épaule contre épaule,
Avec l’enchantement de marcher unis.

SUD
Forts de toute cette lumière, sans pouvoir soutenir
Le regard aveuglant de l’astre d’or,
Chacun a trouvé une place pour s’asseoir à l’ombre
Et respirer le vent de mer face au midi,
Un peu étourdis par l’éclat du monde.

OUEST
Tout le monde est reparti sur la route.
Après long temps de marche, la lassitude est venue.
Le feu du ciel au couchant est allé en fondant
Dans les profondeurs de l’atmosphère.
Certains avaient déjà quitté le chemin sans bruit ;
Certains ont voulu rejoindre ces beaux lointains en fusion,
Se sont relevés, ont repris leur bagage
Et se sont dissous dans la lumière poudreuse.
Alors d’autres sont partis sans le crier davantage,
Comme pour éviter un début de mélancolie ou d’orage.
Mais l’orangé du ciel clamant la fin de quelque chose,
M’ayant conduit à l’écart, m’a giflé de rouge sang

NORD
L’impression d’isolement est arrivée très vite.
J’ai regardé le ciel au septentrion.
Dans le mauve et l’indigo des éthers,
Le soir étendait son voile en silence ;
L’étoile polaire m’y attendait dans sa solitude.
Mes pas se perdaient dans la brume de nuit,
Et la voûte céleste m’a bien vu me noyer dans l’ombre souveraine
Seul et plus lent sur le chemin face à l’étoile,
Comme si je visais le nord du Nord